Bible / Comment lire la Bible ?
MàJ 30 mars 2025

La Bible m'ennuie, que faire ?

Lire la Bible a longtemps été pour moi comme un océan d'ennui. Avec quelques rares lumières entre les textes trop connus et les textes difficiles.
Fallait-il être ascète, poète ou historien pour l'apprécier ? J'étais ingénieur...
J'ai tenté les cours historico-critiques, les exercices de St Ignace... en vain.

Jusqu'à la découverte de la catéchèse biblique symbolique...

Mise en garde

Certains de mes commentaires pourront surprendre, voire choquer.
Il m'est arrivé souvent, en travaillant des textes, de découvrir qu'ils disaient le contraire de ce que j'avais cru jusqu'à présent, de ce que j'entendais dans les homélies, des exégèses que je lisais. Est-ce que je me trompais ?

Si le rôle de l'Église n'est pas de dire la vérité, mais de mettre l'homme en relation avec la Parole de Dieu, alors il est normal que cette Parole résonne en chacun de manière particulière.

Si la compréhension que j'ai de la Bible change, c'est qu'elle me convertit, c'est bon signe !

J'ai eu la joie de découvrir que je n'étais pas seul à vivre cette expérience :
J'ai acquis, depuis que je lis les Écritures, une solide expérience des phrases inversées... Souvent, ce qui est d'abord lu et retenu d'une phrase très importante, particulièrement une phrase divine, c'est son inversion radicale. Le sud à la place du nord, le oui pour le non, la mort au lieu de la vie...
Pourquoi ? Il semble que, lorsque nous rencontrons pour la première fois une parole vraie, nous commençons par entendre son sens inversé. J'ai cru comprendre que la psychanalyse avait aussi cette expérience. (Freud ne dit-il pas quelque chose comme ça : lorsqu'un patient dit : « J'ai rêvé d'un homme, ce n'est pas mon père », on peut être certain qu'il s'agit justement de lui ?)...
Notre premier mouvement lorsque nous voyons arriver la vérité, c'est de lui dire : je ne te vois pas. Peut-être est-ce un des sens de cette parole que j'aime particulièrement dans le psaume 62 ; « Dieu a dit une parole et j'en ai entendu deux »... Je comprends ainsi : l'homme commence par entendre la parole à l'envers, puis - s'il continue d'écouter évidemment - il l'entend à l'endroit.

Marie Balmary, Le moine et la psychanaliste, pages 104-105

N'allez donc pas croire ou répéter ce que je dis comme si c'était parole d'Évangile ! Laissez-vous désinstaller, quittez vos idées d'hier, cherchez, demandez, frappez... Le Verbe vous parlera à vous.

Un exemple de retournement : Tu ne voleras pas

Voici ce que dit Maurice Zundel du septième commandement (Ex 20,15 ou Dt 5,19).

L'étude de la pratique religieuse découvre un lien inquiétant entre celle-ci et une certaine aisance... la religion, à ce niveau, est fondée sur un solide attachement au précepte du Décalogue : "Tu ne voleras pas" qui semble garantir le caractère inaliénable de la propriété... Il est difficile d'imaginer une conception plus radicalement contraire à l'Évangile... On est trop heureux de voir conférer une autorité absolue à un commandement qui se trouve être, pour une fois, en parfait accord avec l'instinct possessif des hommes d'affaires... Il ne s'agit pas de justifier le vol, mais de se demander s'il ne pourrait se trouver, d'aventure, du côté des accapareurs qui retiennent, dans leur superflu, le nécessaire des autres...
Un tel changement ne peut évidemment s'opérer en prenant appui sur notre moi possessif, dont il nous faut décoller...
Le droit de propriété est, par essence, altruiste, tourné vers l'autre, il exige, de lui-même, une continuelle réadaptation de la distribution des biens qui doivent garantir effectivement à chacun la marge de sécurité qui conditionne le pouvoir de générosité où sa liberté s'accomplit.

Morale et mystique pages 89-91

 

Quelle traduction choisir ?

J'utilise habituellement la traduction liturgique, bien qu'elle soit peu fidèle au texte original hébreu ou grec. En effet, c'est celle que j'entends souvent et que je mémorise facilement.
Dans sa version de 1974, elle se limitait aux textes utilisés dans la liturgie. La nouvelle traduction liturgique (2014) a été complétée, et des erreurs ont été corrigées. Elle garde sa principale qualité : elle est belle à proclamer.

La Traduction Oecuménique de la Bible (TOB) et la Bible de Jérusalem (BJ) ont été fortement influencées par la démarche historico-critique qui a dominé de 1950 à 2000. Cette démarche utilise les sciences (archélogie, linguistique...) pour analyser les textes comme s'ils avaient été écrits par l'homme, alors que l'Esprit-Saint en est le premier auteur (cette "foi" n'est pas démontrée. Elle s'enracine pour moi dans la fréquentation de la Parole). Les textes originaux sont souvent "corrigés" pour être rendus conformes à une logique humaine, au lieu d'être respectés dans tous leurs détails, y compris étranges. Les notes de bas de page se limitent au premier degré du texte, ils n'invitent pas à entrer dans les quatre sens de l'Écriture. Par contre, les renvois latéraux sont précieux, ils aident à faire des correspondances.
Les versions récentes ont été améliorées.

Voir une présentation de la Bible en français courant que je n'utilise pas. Une nouvelle édition est sortie en 2021.

La Bible Louis Segond (1910 révisée 2007), protestante, est à la fois récente et proche des textes originaux.

La traduction de Chouraqui s'enracine dans une très bonne connaissance de l'hébreu, du grec et de la culture juive. Atypique, son vocabulaire nous invite à passer du sens littéral à des sens figurés.

Les Bibles Crampon (1923) et Darby (1872) sont anciennes, mais proches des textes originaux.

Soeur Jeanne d'Arc (1992) a traduit de manière remarquable les quatre évangiles, et uniquement eux, en restant très proche du grec.
Eric Régent (2022) a fait un travail similaire avec beaucoup de notes. Il est accessible sous la forme de quatre fichiers .pdf téléchargeables gratuitement, précieux pour déminer de nombreux problèmes de traduction.

Pour ceux que le grec ne rebute pas, le nouveau testament interlinéaire grec/français est un bel outil. La TOB et la Bible en français courant s'y ajoutent à une traduction mot à mot.

Au final, pour travailler un petit passage en restant au français, il est bon de regarder trois traductions : une récente classique (liturgique, TOB, BJ ou Segond), une plus littérale, et Chouraqui. On pourra ainsi "sentir" quelque chose de l'original.

Beaucoup de traductions et d'outils sont disponibles sur le web. La page "Liens" du site catechese.free.fr en signale un certain nombre.

Logiciels bibliques

Voir une liste de logiciels payants ou gratuits.
Pour ceux qui travaillent sur les versions grecques ou hébraïques, voir un comparatif en français de quatre logiciels très puissants.

J'utilisais BibleWorks en version 9, sous Windows et sous Linux (avec Wine). Il faisait partie des monstres chers et anglophones. Sa commercialisation a cessé en 2018. Je privilégie maintenant Biblia Universalis 3, qui est gratuit et francophone. Depuis mars 2025, ce logiciel comprend, outre 46 versions françaises, un interlinéaire hébreu (premier testament) et grec (nouveau testament). Une vidéo explicative de 30' assure une prise en main facile. La version téléchargeable, plus riche que la version en ligne, est conseillée.

Le projet BEST : Bible En Ses Traditions

L'école biblique de Jérusalem, après dix ans de travaux, a mis en ligne en 2016 un gros projet qui continue à s'enrichir. Allez voir le site www.bibletraditions.org.

 

Par quels textes commencer ?

Une belle manière est de lire et méditer les textes quotidiens de la liturgie. Les livrets mensuels Magnificat ou Prions en Eglise ou le site AELF sont un bon support.
C'est beaucoup mieux d'associer ainsi des textes de l'ancien et du nouveau testament que de faire une lecture continue. Il s'agit de boire à la source, et non pas de boire toute la source !

Depuis 2001, je fais partie d'un groupe de partage biblique qui se retrouve chaque semaine (alternativement en présentiel et à distance). Nous prenons simplement les textes de la liturgie dominicale à venir.
Je lis ces textes à l'avance, je mémorise l'évangile. Après la réunion, ils résonnent encore. Je les entends à nouveau le dimanche.
Me laisser ainsi habiter pendant une dizaine de jours par un texte d'évangile, un texte de l'ancien testament qui lui fait écho et un psaume m'est beaucoup plus profitable que de lire beaucoup superficiellement.